La science-fiction : entre mythe et critique moderne
La science-fiction est souvent perçue comme un genre spéculatif qui utilise le mythe tout en maintenant une distance critique, ancrée dans la démarche scientifique rationaliste héritée de René Descartes et des Lumières. Ce défi réside dans la préservation de la substance poétique du mythe, qui incarne le rêve et l’imagination. Si la science-fiction pousse cette démarche critique à l’extrême, elle devient difficilement dissociable du naturalisme, où la figure poétique se réduit à un simple point de vue.
L’avenir, étant par nature inconnu, se présente comme une prétention à le connaître à travers des sentiments et idées personnelles. Par définition, rien n’a encore été constaté ; même une conjecture vraisemblable est le fruit d’un choix subjectif. Pour évaluer la force germinative des éléments présents, il est nécessaire d’explorer leur qualité spirituelle, ce qui requiert une forme de prophétie. Ainsi, une conjecture laïque peut être perçue comme une imposture, car elle prétend connaître les qualités divines du présent qui façonnent l’avenir.
Ce dilemme, déjà présent dans le Romantisme, se manifeste dans l’ironie des auteurs du XVIIIe siècle, comme Voltaire, qui semblent avoir vidé la substance poétique des figures. Friedrich von Schlegel, en inaugurant le Romantisme en Allemagne, crée une ironie qui, tout en prenant ses distances avec les figures emblématiques, prétend les embrasser, englobant distanciation et participation en un seul moment.
L’ironie romantique se retrouve dans de nombreuses œuvres modernes, notamment en science-fiction, où des auteurs comme H. P. Lovecraft, Isaac Asimov, Arthur C. Clarke ou Robert A. Heinlein explorent les mystères de l’âme. Dans sa thèse sur la spiritualité en science-fiction, Claire Cornillon aborde ce sujet en s’intéressant à Philip K. Dick, auteur de science-fiction et féru de gnosticisme. Elle note que les motifs de foi sont déstabilisés par l’ironie, même lorsque l’absence de sens est confrontée à des références spirituelles.
La science-fiction, en tant que genre, semble appliquer l’ironie romantique de Schlegel, illustrant ainsi un mouvement dialectique de désacralisation et de resacralisation. Ce phénomène n’est pas sans rappeler les ambiguïtés des poètes antiques, comme Ovide, qui, tout en évoquant des mythes, adoptent une certaine distance critique.
En somme, la frontière entre ironie et mythe reste floue, tant en science-fiction que dans la poésie classique, soulignant la complexité de la relation entre imagination, critique et spiritualité.
Source : Claire Cornillon, « Par-delà l’Infini. La Spiritualité dans la Science-Fiction française, anglaise et américaine ».






